La psychanalyse peut enseigner beaucoup de choses, même en dehors des séances. Ses clés de lecture permettent de dépasser les lieux communs et de mieux réfléchir sur les dynamiques et les modèles qui structurent notre société. Les pères de la science de l’inconscient nous ont légué des essais brillants sur de nombreux personnages historiques, notamment Léonard de Vinci, Michel-Ange, Nietzsche, et sur des œuvres littéraires comme par exemple la Gradiva de Jensen, l’Ulysse de Joyce ou le Faust de Goethe. Depuis, de nombreux autres psychanalystes ont continué cette tradition en s’impliquant toujours davantage dans la vie culturelle de leur époque. Différent est le rapport entre les psys et le champ de la politique. En effet, mises à part certaines intéressantes tentatives, comme notamment celle de Herbert Marcuse et de l’école de Francfort dans les années ’50, la psychanalyse est restée somme toute assez éloignée des problèmes de la politique et de l’actualité. Pourtant, tout discours est susceptible d’être analysé et celui des politiques ne fait pas exception.

D’ici quelques jours aura lieu le deuxième tour des élections présidentielles en France. Emmanuel Macron, grâce aussi aux gamelles du leader de la Droite François Fillon (comme Renzi a largement profité des gamelles et des « bounga bounga » de Silvio Berlusconi), est largement en tête des sondages. Qui est Emmanuel Macron ? Pour répondre synthétiquement à cette question ô combien fondamentale et légitime j’attirerai l’attention sur la ressemblance de personnalité, de parcours, de comportements et d’idées avec l’ex président du Conseil italien Matteo Renzi.

Macron a gravi tous les échelons de la caste politique en un laps de temps record. Il a su à son temps profiter de l’aile protectrice du président François Hollande ainsi que des tendances au renouveau de la politique française et plus en général européenne. Il a ensuite sauté avec grand opportunisme sur le train qui a amené son propre parti à l’éclatement que nous connaissons en se proposant comme le seul nouveau héros qui pourra sauver les français de la méchante Marine Le Pen et en prêchant le paradoxe d’une politique « ni de Droite ni de Gauche, bien au contraire ! ». Ce qui pourra probablement lui donner, du moins tant que les faits ne viendront le démentir, une certaine marge de manœuvre dans l’actuation de sa politique. Être de Droite ou de Gauche, avoir une direction bien définie est désormais dépassé. Une affirmation qui a indubitablement le mérite de parler à des citoyens désenchantés vis-à-vis de la politique.

C’est en gros ce qu’a fait avant lui Matteo Renzi en Italie. C’est pourquoi Emmanuel Macron m’apparait comme une sorte de Matteo Renzi français. Il sera donc pertinent de rappeler que ce dernier a dû soumettre sa démission de Chef du Conseil italien bien avant la fin naturelle de son mandat, après avoir exaspéré le peuple révolté de la péninsule qui n’en pouvait plus de s’entendre taxer de populiste et de subir les abus de pouvoir d’un Premier enclin à l’usage de trucs de magicien pour faire approuver des lois injustes, comme par exemple celle sur le travail qui a précarisé des milliers de travailleurs sans pour autant diminuer le taux de chômage. Ajoutons à cela une attitude arrogante typique de celui qui se prend pour l’unique représentant de la démocratie et le bilan de la politique de Renzi est vite établi. Alors, en sera-t-il différemment pour un Macron probablement élu plus pour la peur que suscite son adversaire directe que pour la valeur de son programme politique ?

Antoine Fratini

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