“Démocratie” signifie étymologiquement “gouvernement du peuple”. Pourtant, la plupart des médias soutiennent que le peuple, fondamentalement égoïste, ne serait pas apte à faire des choix justes du point de vue de la collectivité. J’ai également entendu ce genre de réflexions de la part d’intellectuels renommés, comme par exemple le philosophe Umberto Galimberti.  Au contraire, j’estime que le peuple peut comprendre et trouver lui même les solutions à ses problèmes. Du reste, pourquoi ne serait-il pas apte à décider tout en étant capable de bien voter ? Car personne ne songerait à soutenir le contraire sur ce dernier point.  Mais il faut lui laisser le droit à l’erreur. Les hommes politiques et les gouvernements ne se trompent-ils pas, et souvent, eux aussi ? Autrement dit, il faut laisser au peuple le temps pour comprendre et pour arriver ainsi à une condition de maturité. Tout comme l’analysant a besoin de prendre son temps en séance pour qu’il puisse sur la base de ce  « temps pour comprendre » mieux gérer ses pulsions et finalement sa vie. Ce temps est précisément ce qui a toujours manqué au peuple, ou mieux, ce qui lui a toujours été dérobé par la classe politique et les élites au service des puissants de l’économie et de la finance.

Je suis donc en faveur des mouvements populaires, que les politiques ne perdent jamais l’occasion de nommer « populistes » en les discréditant avec arrogance et superficialité, mais je me permet tout de même une critique. Je trouve qu’il est triste que de tels mouvements, d’envergure à amener les masses à manifester dans les rues pendant des semaines et des mois, ne répondent qu’à des désirs que l’on pourrait définir « induits par le système », c’est à dire liés presque exclusivement au portefeuille, au « pouvoir d’achat ». Comme tous les scientifiques désormais affirment, la planète se meurt à cause de l’homme, à cause de notre « civilisation », mais personnes, à part quelques groupuscules ici et là, ne bouge un doigt pour tenter de la sauver. Bien sûr, les post sur Facebook concernant les problèmes écologiques se multiplient mais les like qu’ils reçoivent ne servent la plupart du temps qu’à donner bonne conscience. Le jour où un mouvement populaire de l’envergure des gilets jaunes manifestera avec autant de vigueur pour obtenir de meilleures conditions écologiques, alors la vraie révolution sera amorcée. Car que ce passera t-il maintenant que le gouvernement Macron à décider de concéder quelques miettes aux gilets jaunes ? Sans être des devins ou bénéficier d’une intuition hors du commun, il est aisé d’imaginer que le mouvement ira en se désintégrant progressivement, en obtenant peut être quelques autres petites concessions qui ne toucheront nullement au système, c’est-à-dire qui ne remettront pas en cause les valeurs et les tabous de ce que je nomme la « religion économique », la seule qui, selon Paul Lafargue, n’a pas encore rencontré d’athée.

D’un point de vue psychoanimiste, nous pourrions dire que l’âme du peuple existe bel et bien, qu’elle se manifeste à travers des mouvements comme celui des gilets jaunes, mais que ce qui lui manque encore c’est la liaison avec l’âme du monde. Manifestons, bien sûr, sur le net comme dans les cités, pour une meilleure condition économique, mas relions ces revendications à un but plus élevé et noble car ce sentiment d’incomplétude dont nous souffrons n’a que peu à voir avec le portefeuille et dérive bien davantage d’un tel manque de liaison avec la Nature et le cosmos.

Alors, gilets jaunes ou verts que nous sommes, à nous de décider…

Antoine Fratini