Vingt-cinq ans après sa première parution en France, j’ai relu L’Alchimiste de Paolo Coelho, roman s’étant vendu à 150 millions d’exemplaires à travers le monde. J’avoue franchement qu’en 1994 ce livre m’avait plutôt agacé – agacement sans doute davantage lié au battage médiatique qui avait entouré sa publication, qu’au contenu lui-même. Je l’avais néanmoins trouvé plutôt niais. Aujourd’hui, je suis tenté de penser que, compte-tenu de l’antériorité de l’œuvre psychanalytique de Jung, Paolo Coelho a bien étudié l’œuvre en question, qu’il a imaginé une histoire mignonnette et y a introduit les principes jungiens en leur donnant des appellations de son cru. A moins que l’un et l’autre aient puisé aux mêmes sources alchimiques… ce qui est encore dans le domaine du possible.

 

L’histoire, c’est le chemin initiatique d’un jeune berger espagnol, Santiago, auquel une vieille gitane sachant interpréter les songes a prédit qu’il irait déterrer un trésor aux pieds des pyramides d’Égypte. Malgré les difficultés, Santiago n’a plus qu’un objectif : aller en Égypte. Il vient de trouver sa Légende Personnelle – synonyme, ce me semble, de l’individuation. C’est alors qu’il rencontre un vieillard qui se dit roi – le Guide, vieillard à barbe blanche des bouquins New Age – et lui parle « des forces qui semblent mauvaises mais qui en réalité t’apprennent comment réaliser ta Légende Personnelle – le Soi, en quelque sorte. Ce sont elles qui préparent ton esprit et ta volonté, car il y a une grande vérité en ce monde : qui que tu sois et quoi que tu fasses, lorsque tu veux vraiment quelque chose, c’est que ce désir est né dans l’Âme de l’Univers. C’est ta mission sur la terre. » (A ce stade, en me faisant l’avocat du diable, je pourrais dire que ceux qui convoitent ardemment le bien de leur prochain, ou ceux qui veulent absolument éradiquer certaines gens de la surface de la terre, effectuent la mission que leur a confié l’Âme de l’Univers. A prendre avec des pincettes cette « grande vérité »!).

 

Après diverses péripéties, Santiago parvient à rejoindre une caravane se dirigeant vers l’Égypte. Il y rencontre un Anglais. « Dans la vie tout est signe, dit l’Anglais. L’Univers est fait en une langue que tout le monde peut entendre, mais que l’on a oubliée. Je cherche ce Langage Universel, entre autres choses. C’est pour cette raison que je suis ici. Parce que je dois rencontrer un homme qui connaît ce Langage Universel. Un Alchimiste. » Un Langage Universel qu’un autre, je ne crois pas me tromper, a appelé « synchronicités »… Après d’autres péripéties, l’Anglais et Santiago parviennent à rencontrer l’Alchimiste. Mais ce dernier n’a cure de l’Anglais. C’est Santiago qui l’intéresse car il voit en lui un homme vivant sa Légende Personnelle, un homme digne de devenir lui-même alchimiste.

 

Je ne dévoilerai pas la fin, si ce n’est que Santiago est en quelque sorte « retourné plein d’usage et raison vivre entre ses parents le reste de son âge » comme l’a si bien dit Du Bellay. Sans doute le succès remporté par ce petit roman s’explique-t-il par la simplicité de l’écriture et de l’histoire. Paolo Coelho a su exposer des notions complexes sans affectation, et même avec une certaine candeur. D’autre part, il me semble que quelque soit le degré d’évolution psychique auquel est arrivé le lecteur, il lui est possible de s’identifier au jeune berger… qui les traverse tous les uns après les autres. Dans ce sens, L’Alchimiste peut être considéré tel un guide populaire.

Yves Emery

 

(L’Alchimiste, de Paolo Coelho, Éditions Anne Carrière, 1994. Publié par l’auteur au Brésil en 1988.)