J’ai commencé à regarder les retransmissions télévisées des matchs de football féminin voilà une quinzaine d’années. J’ai été littéralement séduit par la qualité du jeu de ces dames : fluidité et fair-play. Au cours d’une partie, les coups francs se comptaient sur les doigts d’une main, tandis que les fautives relevaient régulièrement leurs « victimes ». A cette époque, les matches étaient relayés par une chaîne quelconque de la TNT et avaient lieu sur les terrains de petites villes ne pouvant au mieux accueillir que quelques milliers de spectateurs – la plupart du temps, le public étant fort clairsemé. Les matchs étaient d’autant plus agréables à regarder que l’équipe de France d’alors tenait le haut du pavé et gagnait le plus souvent avec des scores frisant l’indécence.

 

Je ne suis assurément pas le seul à avoir été séduit par le foot féminin puisque, en quinze ans, il est devenu une attraction mondiale et qu’il déplace aujourd’hui les mêmes foules que le foot masculin. Nous avons pu le constater avec la Coupe du Monde ayant eu lieu en France ces dernières semaines et dont les matchs ont occupé les terrains des plus grandes villes du Pays, remplissant à chaque fois ces stades de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Le foot féminin est donc devenu aussi rentable que le foot masculin et assure les gros sous des clubs, de la Fifa et des chaînes privées. Bref, le foot féminin a été intégré au Système.

 

Mais qu’en est-il des joueuses ? Elles ont évolué avec le succès et sont dorénavant formées comme leurs homologues masculins. C’est dire que le fair-play d’autrefois a été remisé au musée et que les coups francs émaillent maintenant le jeu en moyenne toutes les cinq minutes, avec intervention des soigneurs plusieurs fois au cours de chaque match. Les cartons jaunes pleuvent et les cartons rouges ne sont pas rares. Quant au jolis gestes, eux, ils sont devenus de plus en plus rares. Et elles crachent, comme les hommes. Quelle horreur ! On n’entend pas encore parler de sommes astronomiques pour le rachat de joueuses, ni de salaires mirobolants, mais cela ne saurait tarder.

 

La sensibilité inhérente à la féminité a été dévoyée par le profit. Il est triste de penser qu’une fois encore des femmes sont devenues les égales des hommes dans l’agressivité et, par voie de conséquence, la sottise.

Yves Emery

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