Récemment, un ami m’a confié avoir remarqué, au pied d’une statue de la Vierge édifiée dans les contreforts des Pyrénées, un ex-voto semblant provenir d’un immense écrivain actuel, immense au moins en ce qui concerne le nombre d’exemplaires vendus atteint par l’un de ses romans, 150 millions publiés dans le monde entier.

Comment cet écrivain, dont le thème du roman en question est à l’opposé d’une quelconque religion établie, aurait-il pu se laisser aller à un tel geste ? Car dans son cas, il ne pourrait s’agir que d’un laisser-aller… à moins qu’en « bon » écrivain, il ait magnifié une attitude spirituelle indépendante du dogme, tout en croyant le contraire. Auquel cas, son immense réussite tiendrait de la friponnerie. Alors que je réfléchissais à cette affaire, par association d’idées m’est venue cette analogie : de par le monde, il existe une minorité d’individus dont la passion est d’associer les aliments, de conjuguer les saveurs et les arômes, bref de créer une cuisine originale, à nulle autre pareille. Et puis il y a l’immense majorité qui se contente, au mieux de suivre les recettes des précédents, au pire de se nourrir des plats tout préparés de l’industrie. Eh bien, en ce qui concerne la nourriture de l’âme, il en va de même. Certains, un petit nombre, ou par syncrétismes ou par recherches et expériences personnelles, créent des voies spirituelles originales qui leurs sont propres. Et puis il y a le plus grand nombre qui, au mieux suit les dogmes établis par des religions pratiquement industrielles, au pire ignore ou dénie toute réalité transcendante.

Bien évidemment, jusqu’alors je classais cet écrivain parmi le petit nombre riche de ses recherches et expériences personnelles. Mais aujourd’hui je ne sais plus que penser. Peut-être ménage-t-il la chèvre et le chou.

Yves Emery